Merci à tous les participants de l'université d'été !

 Marseille et sa région : un territoire de paradoxe : entre modèle post-industriel et tentative de réindustrialisation.

Le voyage d'étude organisé sous l'égide du CHEDE et de l'IHEDATE, qui a réuni du 19 au 21 juin près d'une trentaine de participants, entrepreneurs et haut-fonctionnaires, a fourni l'occasion de délibérer de l'avenir de Marseille et de sa région en lien avec des responsables de premier plan. Préfet de région, Directrice Régionale des Finances Publiques, Maire de Cassis, Directeur des Chantiers navals de La Ciotat, Directrice financière du Port Autonome de Marseille, Président d'Euroméditerannée se sont prétés au jeu des questions/réponses avec les membres de la délégation.

Accueil par M. Le Préfet de Région

Il est vrai qu'il y avait matière à discussion tant la situation de ce territoire pose question : quel modèle redessiner dans un territoire frappé par la désindustrialisation, un projet urbain longtemps dans l'impasse, le chômage de masse, le clientélisme politique et de fortes inégalités territoriales ?

Les interlocuteurs rencontrés avaient pourtant à coeur de montrer que des transformations profondes sont à l'oeuvre sous l'impulsion de Marseille Capitale de la Culture 2013 et d'Euroméditerannée. Politique culturelle, réindustrialisation et rénovation urbaine iraient de concert pour refaire de Marseille et sa région une zone recherchée.

Euroméditerannée constitue une rénovation complète de la bordure de Mer qui court du Fort Saint-Nicolas jusque la Joliette. Autrefois en déshérence, ce quartier a retrouvé une première jeunesse. En dégageant une vaste zone piétonne en front de mer, il offre un lieu respiration et de flânerie. En réhaussant et réaménageant le foncier, il permet d'opter pour une politique volontariste d'accueil des entreprises dans le cadre d'un nouveau quartier d'affaire. Le projet n'en est qu'a ses débuts, un deuxième volet étant déjà en projet sur une friche industrielle plus au nord, et les résultats sautent aux yeux : pour ceux qui avaient eu l'occasion de se rendre à la Joliette il y a encore quelques années, le contraste est saisissant.

Le MUCEM est un phare sur la civilisation méditerannéenne, exemplaire par sa politique d'accessibilité culturelle. La gratuité est de mise pour près de 2/3 des visiteurs. Loin de constituer une simple vitrine d'attractivité dans la mondialisation, son Directeur se félicite également de son ancrage local. Près de 50 % des visiteurs sont en effet issus de la région.

Rencontre avec Monsieur le Directeur du MUCEM et Monsieur le Président d'Euroméditerannée.

Les Chantiers Navals de La Ciotat offrent un exemple de reconversion réussie. Les activités de pêche traditionnelles ont été abandonnées au profit de réparation opérées sur des navires de plaisance de luxe. L'activité est rentable, le chiffre d'affaire est en pleine croissance. Le site a retrouvé de la vie, et l'emploi repart à la hausse.

 

Rencontre avec Monsieur le Directeur de la SEMIDEP, Monsieur le commissaire au Redressement Productif, et Monsieur le Premier Adjoint de La Ciotat

La viticulture, enfin, demeure un coeur de production important mais dont les perspectives d'expansion sont minimes en raison d'une philosophie placée au-délà des lois du commerce. Le Gérant du Domaine du Paternel, Jean-Jacques SANTINI, témoigne d'une activité d'artisan amoureux de son art. « Produire d'abord pour soi-même, pour son propre plaisir gustatif est la meilleure manière de faire plaisir à autrui » explique t-il. Une vision dans laquelle l'offre détermine largement la demande et où le producteur privilégie la qualité du produit plutôt qu'une stratégie de masse. Là-bas comme ailleurs, on peste contre les normes bruxelloises notamment en matière environnementale et l'Europe n'est perçu que sous son prisme bureaucratique.

Accueil fort en bouche par M. Jean-Jacques SANTINI, patron du Domaine Le Paternel

La reconversion pourrait donc sembler en excellente voie. Le taux de chômage qui atteignait près de 25 % dans les années 80 a presque rejoint la moyenne nationale. Et pourtant, des questions de fond se posent sur la pérennité du modèle retenu et sur le pilotage de ce changement. D'abord, la Chambre Régionale des Comptes PACA critique Marseille Provence 2013 pour sa gestion de « Marseille Capitale de la Culture 2013 » : défaut de passation de commande publique, choix contractuels discutables pour l'équipe permanente, émiettement et inneficience de la stratégie de communication en dépit des moyens alloués, et surtout, vrai questionnement sur la durabilité de l'impulsion donnée.

En filigranne s'esquisse l'interrogation suivant : le projet de transformation va t-il s'inscrire dans la durée ?

Le MUCEM enregistre près de 4 millions de visiteurs par an, un record dans l'hexagone, mais la dynamique va t-elle se poursuivre alors que chacun témoigne de son intérêt pour le bâtiment plutôt que pour le contenu des expositions ? Euroméditerannée va t-elle générer l'attractivité économique promise par ses architectes ? Le Port autonome de Marseille va t-il réussir à remonter la pente après un choc violent sur son activité en 2008-2009 ? Parmi l'ensemble de ces questionnements, un fait stylisé est à relever : la stratégie de niche retenue par les chantiers naval de La Ciotat semble porter ses fruits. 70 % des navires de plaisance de luxe sont désormais situés en Méditerranée contre 30 % dans les Caraibes. La construction de yachts va tambour battant. Le marché est en forte croissance et il n'y a bien que Barcelone pour rivaliser pour le moment.

Sur un plan politique, la dynamique de rénovation jette surtout une lumière crue sur la décentralisation. À songer que c'est l'État qui a été contraint de prendre la main pour piloter le dossier d'Euroméditerannée dans une ville qui a pourtant enfanté le père de la la décentralisation (Gaston Defferre), il y a un paradoxe notoire.

Les controverses et blocages qui continuent d'alimenter la mise en place de la Métropole abondent dans ce sens : la région n'aurait pas fait la preuve de sa maturité politique et la démocratie locale serait tenue en échec en l'absence d'un État stratège, planificateur et aménageur. Après tout, le caractère de cette région, symbolisé par la ville de Marseille, est peut-être proprement paradoxal.

Parmi les premières pourvoyeuse d'électeurs Front National, la région et Marseille sont aussi la promesse d'une main tendue par-delà la Méditerranée.

La forte demande d'autonomisation rentre en tension avec l'échec de l'auto-organisation syndicale et des élus locaux.

Enfin la ville se situe à équidistance d'un début de gentrification et d'un attachement profond à l'essence populaire de la ville,

Le destin de la ville et du territoire semble peut-être, après tout, de demeurer posté à la croisée des mondes.